Comme beaucoup je n'y croyait pas mais...
Qu'est-ce que c'est ?Lorsqu'une femme ne réalise pas qu'elle est enceinte et qu'elle ne reconnait que tardivement sa grossesse.
La femme est enceinte mais ne veut pas ou ne peut pas l'admettre.
Il ne s'agit pas de la dissimulation, où la femme connaît son état mais ne veut pas le montrer et ne veut pas changer son mode de vie en fonction. Dans le cas du déni, la femme ne se dit pas « je ne veux pas savoir », elle ne sait pas. On peut considérer cela comme l'inverse de la grossesse nerveuse où le bébé existe dans la tête mais pas dans la réalité. Ici, le bébé est présent dans la réalité, mais pas dans la tête.
Qui ?Il n'y a pas de profil type de la femme en déni de grossesse, il n'y a pas de tranche d'âge, pas de milieu socioculturel, pas de profil social défini. Il s'agit parfois d'une première grossesse, parfois d'une troisième, les femmes sont souvent en couple mais pas toujours...
Quand ? Jusqu'à quand ?On parle de déni de grossesse à partir du deuxième trimestre, c'est à dire du 4ème mois de grossesse. En effet, dans le premier trimestre, il est difficile d'avoir d'ores et déjà une « représentation » de l'enfant. Les femmes disent encore souvent « je suis enceinte » mais pas encore « j'attends un enfant », l'enfant n'est pas encore représenté. C'est au quatrième mois qu'il le sera et c'est quand cette représentation ne se fait pas qu'on parlera de déni.
Certaines femmes sont dans le déni jusqu'à 4 ou 5 mois, d'autres jusqu'à leur accouchement.
Ce ne sera évidemment pas le même choc lors de l'annonce et pas non plus les mêmes conséquences sur la relation à l'enfant.
Comment peut-on ne pas « sentir » qu'on est enceinte?Quand une femme est en déni, son corps se modifie très peu, certaines ne prennent que 2 ou 3kg. Elles vont parfois avoir quelques symptômes mais qu'elles interpréteront systématiquement autrement. Certaines continuant à prendre la pilule, elles auront toujours des petits saignements qu'on peut prendre pour des règles. Le psychisme est parfois bien plus fort que les sensations physiques.
Le cas extrême : l'infanticideLe déni de grossesse est très médiatisé lors de cas d'infanticides. Il est important de savoir que ces cas ne sont qu'une minorité et ne sont aucunement prémédités. Les femmes dans un déni massif vont vouloir annuler l'événement et vont donc abandonner le bébé là où il est né (sans soin donc) et, de façon rare, le tuer. Ce n'est que par la vision du corps qu'elles vont pouvoir prendre en compte la réalité. Les femmes qui commettent un infanticide sont souvent condamnées à de lourdes peines de prison, elles reconnaissent qu'elles doivent être punies pour ce qu'elles ont fait et ne font jamais appel de la décision.
Cette approche de « faits divers extraordinaires» peut nous empêcher de travailler sur le phénomène et de se poser des questions constructives pour analyser le déni de grossesse.
Les difficultés pour la société et pour les professionnelsIl est nécessaire de briser nos évidences : oui, ça existe, oui, c'est possible. Bien entendu, le déni de grossesse vient toucher nos idéaux sur la maternité, sur ce que doit être une femme enceinte, sur ce que doit être une mère. Le déni de grossesse provoque donc parfois de l'agressivité chez les professionnels qui n'arrivent pas non plus à admettre qu'on puisse être si loin dans le déni (quelquefois jusqu'à l'accouchement). Il faut donc être vigilant sur les représentations de chacun, patients et professionnels. Le déni interroge aussi sur « comment » le corps socio-médical peut, dans certains cas, ne pas détecter une grossesse présente ou passé. On dit que le déni est contagieux...